Comme l’indique ce piètre détournement – ironie mise à part – de la célèbre question de Staline à Laval, commençons par un éclairage sur le poids que représentent aujourd’hui les fonds d’État, ces instruments financiers alimentés par des recettes publiques (fiscales ou issues de la production) et chargés de la gestion de l’épargne nationale.
L’existence des fonds souverains remonte à une cinquantaine d’années. Le premier à faire son apparition est le fonds koweïtien (Kuweit Investment authority), créé en 1953, suivi en 1956 par celui de l’archipel des Kiribati (Océanie), longtemps alimenté par l’exploitation des phosphates et qui détenait, au début des années 2000, 630 millions de dollars, soit sept fois le PIB annuel de l’archipel. Ce fonds, qui n’est plus guère alimenté et sert désormais à équilibrer le budget de l’État – l’un des plus pauvres au monde –gère aujourd’hui 400 millions. Visiblement, il va bientôt être confronté à un choix douloureux entre dépenser très vite son argent et le distribuer à sa population pour se reloger, puisque cet archipel pourrait être l’un des premiers à disparaître avec la montée des eaux due au réchauffement climatique. Mais ça, c’est une autre histoire… Lire la suite »
Les institutions internationales, Bretton Woods (BM et FMI) en tête, se félicitent de la gestion de la crise par les pays africains producteurs de pétrole, qui ont eu l’intelligence d’épargner dans des fonds souverains les réserves de devises amassées pendant le boom des matières premières. Mais, entre croissance et mutation de leurs politiques d’investissement, les fonds souverains sont-ils toujours des régulateurs de l’économie ?
Nous avons entamé une enquête sur les fonds souverains. Quelle part de l’économie mondiale représentent-ils ? Dans quels secteurs sont-ils présents ? Comment la crise a-t-elle fait évoluer leur politique d’investissement ? Comment les dirigeants gèrent-ils leur double intérêt politique et économique ? Sont-ils aptes à jouer le rôle de régulation qu’on attend d’eux, et à quelle échelle ? Les exemples asiatiques et du Golfe sont-ils transposables en Afrique ?
Si vous êtes spécialisé sur cette question, et particulièrement si vous travaillez dans ou avec un fonds souverain africain, n’hésitez pas à nous apporter votre contribution à l’adresse blog@mtm-news.com, ou à commenter les différents volets de ce dossier.
Si au contraire vous avez besoin d’un petit rappel, commencez par notre session de rattrapage : Les fonds souverains, combien de divisions ?

Afrique du Sud. Photo.D.R.
Statistics SA vient de publier les chiffres de l’emploi au troisième trimestre. Moralité : en temps de crise, en Afrique du Sud, mieux vaut ne pas être un homme métis et travailler dans les services.
Le troisième trimestre 2009 a vu s’évanouir 484.000 nouveaux postes, soit plus que les destructions d’emplois cumulées des deux premiers trimestres (475.000), selon les derniers chiffres publiés par Statistics SA. Et contrairement à la dernière édition, c’est cette fois le secteur formel qui paie le plus lourd tribut à la crise (le secteur informel non agricole avait été le premier à réagir). Lire la suite »
« Les pays africains en pleine croissance économique », titrait Reuters hier, citant un expert sud-africain. Forcément, mon œil s’arrête sur la dépêche : cette info va à l’encontre de tout ce qui est paru jusque-là sur la crise et l’Afrique.
Si on en croit les dernières perspectives économiques parues sur l’Afrique, celles du FMI et celles de l’OCDE, l’Afrique paie actuellement très cher une crise dont elle n’est en rien responsable. La croissance globale de l’Afrique subsaharienne tombe en 2009 à environ 1%, après 6 ans de croissance supérieure à 5%. Non seulement l’économie sud-africaine ne stagne pas tout à fait (croissance du PIB en volume : +1,1% selon l’OCDE, croissance du PIB réel : -2,2% selon le FMI), mais nombreux sont les pays africains qui souffriront beaucoup plus*. Lire la suite »
Alors que Zine El-Abidine Ben Ali s’apprête à entamer son dernier mandat (en théorie), un bilan de la situation économique tunisienne s’impose. D’après une note publiée récemment par Standard & Poor’s, la croissance s’est maintenue à un taux de 4,6% en 2008, portée par les infrastructures, l’immobilier, les télécommunications (28%) et le tourisme (9%). Mais le cru 2009 s’annonce moins bon.
Les effets du ralentissement des économies de l’Union européenne, entraînant la baisse des échanges et des transferts de fonds, se sont déjà fait sentir. Le taux de croissance estimé pour 2009 ne devrait pas atteindre les 2% d’après l’agence de notation. Une prévision bien plus pessimiste que celle du FMI en juin qui tablait sur une croissance du PIB de 3,3% fin 2009. Pour S&P, le taux de croissance devrait renouer avec les 4% en 2010 et 2011, une « bonne performance », au regard du contexte européen. Lire la suite »
Le FMI présentait aujourd’hui ses « Perspectives économiques régionales » pour l’Afrique subsaharienne. Et elles sont plutôt rassurantes. Le sous-continent a bien résisté à la crise, et devrait connaître une reprise plus rapide qu’au lendemain des crises mondiales précédentes, même si sur les courbes de projection de croissance sur le continent sont « en U », alors que les projections mondiales sont « en V ». L’Afrique subsaharienne va donc payer l’effet retard dont elle a bénéficié à l’entrée de la crise, en 2008. Mais je développerai tout cela plus tard… pour vous raconter d’abord les à-cotés de cette réunion.
Ce qui donne tout son intérêt au fait de se déplacer plutôt que de lire le rapport (ce que vous pouvez faire – comme la majorité de mes confères – ici), ce sont les débats soulevés par ce rapport. Ils émergeaient déjà dans les échanges entre le Fonds, la BM, l’AFD, l’OCDE et les économistes non-affiliés à ces structures. Au point d’entendre Saleh Nsouli, directeur des Bureaux européens du FMI, trouver « rafraîchissant de constater une convergence de vues entre la Banque mondiale et le FMI ». Lire la suite »
L’aveu est venu de l’AFD, aujourd’hui, lors de la présentation des perspectives économiques pour l’Afrique subsaharienne. Et plus précisément de Jean-Marc Gravellini, directeur pour l’Afrique à l’Agence française de développement.
Alors qu’on s’accorde à dire – dans les discussions sur les APE et ailleurs – que le développement de l’Afrique passe par les organisations régionales, Jean-Marc Gravellini reconnaît que deux freins importants empêchent les bailleurs de soutenir ces regroupements régionaux. D’une part la frilosité des États à déléguer des souverainetés au niveau régional (ils ne sont en cela pas très différents des pays européens, si?). Mais également les principes d’utilisation des outils de l’AFD : « Nous sommes démunis pour travailler avec les organisations régionales », « nous ne savons pas travailler avec elles », reconnaît M. Gravellini, qui ajoute que sa structure aura besoin de politiques publiques définies et régulées à ce niveau. Pour l’instant, « nous pouvons leur accorder des prêts, mais pas de dons (ou alors aux pays membres). Il va falloir y réfléchir ».
Pourtant, cette intégration régionale est incontournable dans deux secteurs « déterminants pour la croissance et le développement » : les ressources agricoles et le secteur énergétique, car nombre de pays ne seront jamais autosuffisants énergétiquement sans cette coopération. « L’agriculture, c’est non seulement la création de richesses, mais aussi un outil de lutte contre la pauvreté. L’Afrique a besoin d’une révolution doublement verte : celle de la productivité, mais également celle du développement durable et de la préservation des espèces. »
By Myrtille Delamarche
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Charbon. Photo D.R.
Il est constitué non pas d’un seul, mais de trois marchés distincts. Le marché du charbon-vapeur Pacifique, mené par le géant australien challengé par l’Indonésie, brasse 86 des 140 millions de tonnes (Mt) de charbon-vapeur exportées sur le premier trimestre 2009. Sur le marché Atlantique (54Mt), l’Afrique du Sud (14,6Mt au premier trimestre 2009) a cédé sa place de leader à la Russie (20,4Mt) et à la Colombie (15,5Mt). Elle est suivie de loin par le Venezuela et les États-Unis.
Le marché métallurgique (coke), lui, appartient sans conteste à l’Australie (suivie de loin par le Canada, la Chine, la Russie et les États-Unis), avec 21,5Mt sur les 29,6Mt exportées sur le premier trimestre 2009.
L’Europe est le seul marché où l’utilisation du charbon décroît (plus de 780 Mt consommées en 2008 contre 814 Mt en 2007). L’Afrique du Sud, l’un des premiers fournisseurs du marché européen, alimente donc de plus en plus l’Asie.
Prix : un trend haussier à long terme
Après une baisse drastique des années 1980 à 2003 (de 60$ à 40$), on a assisté à une envolée des prix en 2007/08 (150$/t charbon vapeur, plus de 300$/t cokéfiable spot en mars 2008). Plusieurs causes sont évoquées pour expliquer cette hausse : accidents climatiques, techniques, incidents et hausse des coûts du transport liée à celle des prix du pétrole, demande globale en hausse, développement insuffisant de l’exploitation par manque d’investissement, nationalisation partielle des ressources (comme au Venezuela, ou en Afrique du Sud où la nouvelle charte minière prévoit que les sociétés doivent céder 26% de leur capital d’ici 2014)… Lire la suite »

Mine Xstrata en Afrique du Sud
Dans une étude menée en 2007 (téléchargeable ici), Energy Watch remet sérieusement en cause la fiabilité des évaluations des réserves mondiales de charbon. Ce groupe de chercheurs allemands (favorables aux énergies renouvelables) cite l’exemple de l’Allemagne, dont l’estimation des réserves prouvées a chuté de 99% en 2004, sans explication du gouvernement, si ce n’est la transformation d’une grande partie des « réserves prouvées » en « réserves possibles », brutalement retirée du total. Selon eux, les réserves du Vietnam et de l’Afghanistan n’ont pas été actualisées depuis 40 ans, malgré une production vietnamienne d’environ 15Mt/an (sur 150Mt). Celles de la Chine n’ont pas changé depuis 1992 malgré l’exploitation, depuis lors, d’environ 20% de ces réserves.
Au Botswana, les réserves globales estimées à 7 milliards de tonnes (dont 3,5 Gt prouvées) en 1980 ont chuté à 40 Mt prouvées en 2004 (en chute de 99%) sur 3,34 Gt de réserves totales (-50%). De même, au Swaziland, les réserves auraient chuté de 90% entre 1980 et 2004. Seule l’Afrique du Sud fait exception : la baisse graduée de l’estimation de ses réserves est en complète cohérence avec sa production. Lire la suite »
« L’Afrique du Sud a besoin d’au moins 40 nouvelles mines de charbon ». L’assertion est de Brian Dames, directeur des opérations d’Eskom. Mais elle a également besoin d’une stratégie globale sur le charbon, de réformer la chaîne de transport et d’avancer sur la question du charbon propre avant d’être rattrapée par les engagements internationaux sur la réduction des émissions de CO2.
Il ne reste pas assez de charbon dans le Mpumalanga (où se trouvent 8 des 11 centrales thermiques d’Eskom) pour alimenter les centrales électriques d’Eskom pendant toute leur durée de vie. C’est, en résumé, le cri d’alarme lancé par Brian Dames dans les colonnes de Miningmx, site sud-africain spécialisé sur le secteur minier (ici). « Alors que la demande en charbon d’Eskom a augmenté de 5% par an, la production de l’Afrique du Sud est restée stable. C’est ce qui nous rend difficile l’accès au charbon à bas prix », explique Dames, qui évalue à 40 milliards de rands le coût des nouveaux sites, auquel il faut ajouter l’investissement nécessaire dans la chaîne de transport. Or Eskom a annoncé en août ses pires pertes annuelles dans l’histoire de la compagnie.
Faiblesse du maillon transport
Avec le développement de l’exploitation dans le Waterberg (province du Limpopo), les ressources en charbon sont de plus en plus éloignées des centrales qui les achètent (actuellement en majorité dans le Mpumalanga). Or la région ne possède ni les ressources en eau nécessaires au fonctionnement de nouvelles centrales thermiques, ni les infrastructures de transport qui permettraient d’acheminer le charbon à bas coût. Eskom doit donc convoyer de plus en plus de charbon par camions : « plus de 5 000 chargements par jour », selon Dames. Lire la suite »
By Myrtille Delamarche
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