Le marché du café, matière première ô combien sensible aux aléas climatiques, retient à nouveau l’attention des analystes, des fonds d’investissement et des spéculateurs en général. Une reprise brutale des cours s’opère depuis début juin sur le Liffe à Londres (pour le Robusta) et l’ICE à New York (pour l’Arabica).
C’est le Liffe qui a déclenché les hostilités, avec une hausse brutale de près de $ 100 la tonne en une journée et près de 20 % en l’espace de 3 jours, sous l’action d’opérateurs craignant une raréfaction brutale des disponibilités sur les marchés consommateurs.
Depuis fin 2009, les prix du café vert sont restés stables dans une fourchette de 130/140 US cents/lb pour l’Arabica et de $ 1 300/1 350/tonne pour le Robusta, alors que la production de café dans le monde en 2009/10 est en baisse de 5,9 % par rapport à 2008/09, soit 7,5 millions de sacs (Ms) de moins. Les principaux pays producteurs ont presque tous enregistré des baisses, plus ou moins sérieuses. Le Brésil aura perdu, au titre de son cycle biennal, 6,5 Ms. La Colombie, pour la deuxième année consécutive, souffre d’un déficit d’au moins 2,5 Ms et l’Amérique centrale (y compris le Mexique) de près d’1 Ms. L’Asie, à l’exception du Vietnam, est la seule zone productrice en hausse, en Arabicas comme en Robustas.(+ 2 Ms). Quant à l’Afrique, on ne peut que regretter sa production en baisse régulière depuis 2006, puisqu’en 4 ans, elle est passée de 15,4 à 13,5 Ms (6,9 d’Arabicas et 6,6 de Robustas).
Les raisons de la baisse
Les causes de cette baisse de production sont à rechercher tout d’abord dans l’effet du cycle productif biennal au Brésil. Bien connu, il explique en grande partie la baisse. Viennent s’y ajouter des coûts de production en hausse régulière et des prix de vente peu rémunérateurs. Enfin, la hausse du dollar n’a jamais favorisé la hausse des matières premières.
Alors pourquoi les opérateurs se sont-ils brutalement inquiétés ? Il est vrai que les estimations de la récolte en cours au Brésil (2010/11) avaient de quoi refroidir les ardeurs des opérateurs : le consensus se situe à 55 Ms, soit au moins 10 millions de sacs de plus que la récolte précédente.
Tant que les stocks de café sont abondants dans les ports des pays consommateurs, les opérateurs ont une approche baissière du marché et les marchés à terme sont les meilleurs acheteurs. Mais lorsque les pays producteurs relèvent leurs prétentions de prix, face à un marché désespérément peu rémunérateur, en offrant des différentiels nettement en hausse (depuis plusieurs mois sur l’Arabica, et plus récemment sur le Robusta), les marchés à terme ne sont plus alimentés tout simplement parce que la livraison de marchandise en filières est financièrement impossible ; d’où la crainte d’une pénurie (toute relative certes) et d’un squeeze sur la première échéance, en l’occurrence le mois de juillet 2010 sur le Liffe. Les spéculateurs se seraient-ils brûlé les doigts, en pariant depuis quelques mois sur la baisse des cours ? Certains négociants sont portés à le croire.
Il y a bien longtemps que les marchés à terme n’ont pas dépassé le cap des 150 US cents/lb à NewYork et $ 1 550/t à Londres. Ces niveaux ont été atteints le 14 juin. Vont-ils constituer une base, et pour combien de temps ?
Le Robusta reste malgré tout très décoté par rapport à l’Arabica (80 US cents/lb). Comme la nouvelle récolte du Vietnam (en hausse sans aucun doute) ne sera pas sur le marché avant novembre/décembre 2010, on peut effectivement se demander si l’offre globale de Robusta ne restera pas tendue pendant quelques mois. Quant à l’Arabica, le Brésil assure le volume mais pas nécessairement la qualité, réclamée par le marché à terme de New York. Et ce n’est qu’à partir de décembre/janvier que pourront y être livrés en filières les cafés lavés d’Amérique latine (nouvelle récolte). Il faut donc s’attendre aussi à une tension sur les arabicas.
Enfin, il ne faudrait pas oublier la consommation mondiale, en hausse régulière. Elle est un des fondamentaux du marché. En conclusion, le court terme est placé sous le signe de l’étroitesse de l’offre; le plus long terme sous le signe de l’abondance; chacun y trouvera matière à faire son choix.
Bertrand Bouvery
Gérant de la Société SIMAP, Port Villez
Président de l’Union nationale du café, Paris
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