Après avoir massivement investi dans les banques occidentales, les fonds souverains, échaudés par des investissements moins rentables que prévu, opèrent un nouveau changement de stratégie à l’issue de la crise financière. Au menu : retour à l’investissement dans leur pays d’origine et diversification de leurs actifs.
D’après une étude récente (Setser and Ziemba, 2009), les fonds souverains d’Abu Dhabi (Adia), du Koweit (KIA) et du Qatar (QIA) ont perdu 40% de leur valeur depuis 2007. Des pertes dues à des investissements moins rentables qu’anticipés, mais également des placements malheureux en dollars (à la baisse) et dans l’immobilier, qui a lui aussi subi un revers notable suite à la crise des subprimes.
Les Échos (article complet archivé, payant) rappellent ainsi qu’« Adia, le fonds d’Abu Dhabi, qui a investi 7,5 milliards de dollars en novembre pour prendre 5% de Citi, a vu la valeur de sa participation perdre 40% [NDLR : sur l'investissement malheureux d'Adia, je vous conseille ce papier de Beaking Views traduit par LeMonde.fr]. Celle de Temasek (Singapour), qui a payé 5 milliards de dollars pour entrer dans Merrill Lynch, a fondu de 25%. Celle de CIC (China Investment Corp.) dans Morgan Stanley a chuté de 26%. Mais c’est pour sa mise dans Blackstone que le fonds chinois détient la palme de l’investissement le plus ruineux. Depuis juin 2007, sa contribution a perdu 60% de sa valeur… De l’autre côté de l’Atlantique, le bilan n’est pas vraiment plus réjouissant. L’investissement de Temasek dans Barclays, annoncé en juillet, a perdu 45% depuis l’été, et celui du fonds GIC dans la banque suisse UBS plus de 55%. »
Fin 2008, le chinois CIC regrettait déjà ses investissement dans les institutions financières occidentales. Un regret justifié par deux raisons : la stratégie des États occidentaux pour sauver leurs banques ne lui convenait pas, et la baisse de valeur des actifs s’est avérée à la fois plus durable et plus forte que prévu. Le rythme des investissements s’est alors ralenti, faute de visibilité sur leur rentabilité : « Les discussions entre Lehman Brothers et le fonds Korea Development Bank échouèrent ainsi avant que la quatrième banque d’affaires des États-Unis ne soit mise en faillite le 15 septembre 2008. ADIA, premier actionnaire de Citigroup, ne participa pas au sauvetage de la banque. À l’automne 2008, KIA du Koweït, gros investisseur au sein de Merrill Lynch, ne répondit pas aux sollicitations de son repreneur Bank of America. Enfin, lorsque, fin 2008, Qatar Holding accepta de monter au capital des banques Barclays et Crédit Suisse, ses exigences financières furent très élevées (achat de titres obligataires en dessous de leur valeur de marché et offrant des taux d’intérêt particulièrement attractifs). », expliquent Bertrand Blancheton et Yves Jégourel, de l’Université Bordeaux IV.
Les fonds asiatiques envisagent désormais un repli national des investissements dans le secteur bancaire : « CIC a sous gestion les actifs de Central Huijin dont la vocation est d’investir dans le secteur bancaire chinois et de le soutenir. Cette institution s’est, à ce titre, portée acquéreuse d’actions de l’Industrial and Commercial Bank of China, la plus grande banque de détail chinoise, ainsi que d’actions de Bank of China et de China Construction Bank Corp. » Une stratégie qui semble également adoptée par les fonds du Golfe, qui s’intéressent au développement rapide du secteur bancaire au Proche-Orient.
Suite et fin (pour l’instant) de cette série dans le prochain post :
Politique d’investissement des fonds souverains : retour aux fondamentaux
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