Fonds souverains : des sauveurs qui font peur

Nous revenons après les fêtes avec le 7e volet de notre dossier Fonds souverains. Après le désenchantement économique suite à un changement généralisé de politique d’investissement, le désamour des pays d’accueil : chez ces derniers, loin de faire l’unanimité comme sauveurs du système financier mondial, les fonds ont réveillé les peurs de perte de souveraineté ou d’indépendance.

« On ne nous aime pas, mais on a besoin de notre argent ». Les propos de Kristin Halvorsen, ancienne ministre des Finances norvégienne et gérante d’un fonds souverain, résument l’ambivalence des relations entre ces fonds et les pays occidentaux. La croissance récente des fonds souverains inquiète. Les pays ciblés dénoncent le manque de transparence sur le montant des fonds gérés, leurs performances, leur portefeuille ou leurs stratégies d’investissement. Au point qu’en 2007, les ministres du G7 soulignaient la nécessité de disposer de plus d’éléments et appelaient l’OCDE et le FMI à s’emparer de la question. La première doit aider les pays destinataires à se protéger de pratiques abusives, le second accompagne les fonds dans l’élaboration d’un code de déontologie. Cette démarche a débouché sur la création de l’International Forum of Sovereign Wealth Funds (IFSWF), qui compte 23 membres (dont seulement trois africains : la Libye, le Botswana et la Guinée Équatoriale) volontaires pour définir un ensemble de bonnes pratiques.

Au Nord, la plupart des États apprécient peu l’arrivée de décisionnaires étrangers dans les fleurons de leur économie. Parmi les sujets d’inquiétude, certains sont purement politiques, comme le caractère public de ces fonds qui pose la question des motivations sous-jacentes des investisseurs.

Les pays destinataires de ces investissements s’interrogent sur ce qui pousse les fonds souverains étrangers à prendre des participation importantes dans des activités stratégiques comme les banques ou les ports. L’intérêt russe pour EADS (prise de participation de 5% par une banque publique russe) ou pour Deutsche Telekom (tentative avortée de Sistema en 2006) fait craindre des motivations floues pour les futurs investissements du véritable fonds souverain créé début 2008, le Future Generation fund. Ce SWF a pour vocation, selon la Russie, des investissements « en actions, sur des projets pétroliers et toute forme de placement autres que des obligations d’État ». Une définition bien éloignée de la très célébrée transparence norvégienne…

Martin Wolf, du Financial Times, pense que ces fonds ne posent pas forcément de problème si on considère que tout n’est pas à vendre, et qu’« il serait possible – ou plutôt nécessaire – de définir une liste négative de sociétés ‘hors-limites’ ». C’est bien ainsi que l’entendent les États-Unis, qui au terme d’un long bras de fer (lire le résumé de l’affaire ici) ont réussi à faire renoncer Dubaï Port World à l’acquisition de cinq ports que les sénateurs américains ont qualifiés de « stratégiques ».

En Allemagne, l’idée d’un dispositif de protection des secteurs stratégiques  (défense, presse, énergie, banques, télécoms…) est encore à l’étude.

Au Sud, les investissements massifs – notamment chinois, mais aussi malaisiens, indiens ou coréens – posent plusieurs questions. Celle, économique, de leur efficacité. Celle, plus politique, de leurs motivations : c’est l’éternel débat sur « l’investissement chinois en Afrique est-il une chance ou un néo-colonialisme ? » que je ne retraiterai pas ici mais que vous trouverez un peu partout sur le Web.

En Afrique, des réactions commencent à apparaître. En Guinée, l’investissement par le China International Fund de 7 milliards de dollars dans le secteur minier deux semaines après le massacre du 28 septembre 2009 a du mal à passer, malgré la ligne de défense de la Chine qui affirme que ce fonds est complètement privé. Une affirmation que remettent en doute certains observateurs, dont l’USCC (US-China Economic and Security Review Commission).

Au Mali, si officiellement on se félicite de l’extraordinaire dynamisme insufflé par l’argent libyen, le rachat des principaux hôtels de Bamako (Kempinski, Hotel de l’Amitié) par le fonds libyen fait également grincer quelques dents hors-micro. « La Libye est en train de racheter le pays », me glissait déjà fin 2007 un observateur privilégié de l’activité économique, avant d’ajouter : « ça n’a l’air d’inquiéter personne, mais moi, si j’étais à la place des autorités, je m’en inquièterais ».

Bientôt, suite du feuilleton « Fonds souverains » dans le prochain post :

Banques, les fonds souverains sonnent déjà le repli…

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