La sortie des pays africains lundi à Copenhague a permis de mettre un coup de pression sur les négociations. Résultat : un texte conjoint de l’Afrique et de la France avec objectifs chiffrés et engagements financiers.
Lundi, en fin de matinée, la colère de l’Afrique a fait trembler Copenhague. La délégation africaine, qui pour une fois s’exprime d’une seule voix, a quitté d’un bond la table des négociations. L’objet officiel du litige : on ne parle pas assez de Kyoto. « Le protocole de Kyoto est le seul instrument légalement contraignant. Le processus de ratification a pris sept ans. Nous ne lâcherons pas ce traité tant que nous n’aurons pas de certitudes sur l’adoption d’un prochain traité », affirme l’Algérien Kamel Djemouai, représentant des délégations africaines dans les négociations. Car si l’Afrique est de loin le continent qui pollue le moins, il subit en revanche de plein fouet le réchauffement climatique. Alors, quand les 53 pays du continent, portés par l’Algérie, se fâchent, ça fait désordre, même dans le chaos du sommet.
Au Bella Center, la tension était palpable. D’autant que selon les règles onusiennes, aucun accord ne peut être signé si ne serait-ce qu’un pays quitte les négociations. Officieusement, les africains auraient pris la mouche suite à une réunion organisée dimanche par la présidente danoise de la conférence, Connie Hedegaard, en parallèle des négociations officielles. Pressée d’avancer sur les négociations avant l’arrivée des chefs d’État et de gouvernements, la présidence danoise aurait réuni un petit groupe de pays pour régler les questions importantes, parmi lesquelles l’éminente question du financement et des engagements. Une maladresse qui a finalement abouti à un abandon de poste de Connie Hedegaard aujourd’hui…
En début d’après midi, les négociateurs africains reviennent
Un déjeuner plus tard, les négociateurs étaient à nouveau autour de la table. Connie Hedegaard avait finalement promis que l’accord final comprendrait deux décisions, l’une sous le protocole de Kyoto et l’autre sous la Convention climat des Nations unies. Le lendemain, un peu plus au Sud, un autre déjeuner a eu toute son importance. Nicolas Sarkozy recevait le premier ministre éthiopien Meles Zenawi, qui représente l’ensemble du continent africain auprès des chefs d’État et de gouvernements. De cette rencontre est né le ralliement de l’Afrique à la proposition française. Le texte propose des engagements fermes en termes de réduction des émissions de gaz à effet de serre et, last but not least, une proposition financière pour la période 2010-2012. Dernier point fort de la proposition franco-africaine, le texte appelle les pays industrialisés à ouvrir une deuxième période d’engagement du protocole de Kyoto, de 2013 à 2020, répondant ainsi aux attentes des africains en particulier et, plus généralement, des pays en développement.
Points de discorde : le financement et les brevets
Car le cœur de la négociation se trouve bien dans les financements à allouer aux pays en développement afin de faire face au réchauffement climatique. Reprenant la proposition faite par l’Union européenne vendredi dernier, Nicolas Sarkozy propose donc de créer un fonds « fast start » doté de 10 milliards de dollars par an jusqu’en 2012. Les chefs d’État et de gouvernement de l’Union européenne s’étaient déjà engagés à allouer 7,2 milliards d’euros pour l’aide d’urgence aux pays les plus pauvres sur cette période. Soit 2,4 milliards d’euros par an dont plus de 50% seront assurés par l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni. Après un léger cafouillage au sein du gouvernement français en début de semaine, la crainte des ONG est confirmée : crise oblige, une partie de ces financements proviendra d’un recyclage de l’Aide publique au développement, et aucun engagement n’a été pris sur des financements de long terme.
Plusieurs points essentiels pour les Africains n’ont toujours pas été éclaircis : la question de la compensation de la part de responsabilité des pays industrialisés envers les pays en développement pour les dégradations qu’ils subissent, celle des sanctions à appliquer aux pays qui ne respectent pas leurs engagements, et surtout, point épineux : la négociation avec les États-Unis sur l’accès aux brevets et la propriété intellectuelle pour développer les projets dans les pays du Sud.
Lire aussi:
- Copenhague : les faits marquants pour l’Afrique Depuis vendredi, plusieurs événements de la Conférence de Copenhague et autour de celle-ci ont marqué...
- Climat : qui payera la facture ? Dernière ligne droite avant le sommet de Copenhague sur le changement climatique. Les positions s’affinent....
- Copenhague: un accord n’a de sens qu’accompagné de forts mécanismes d’incitations Par Emmanuel Lickel* Le sommet de Copenhague est une opportunité historique pour construire un monde...
- Appel conjoint de la France et de l’Éthiopie, représentant l’Afrique, pour un accord ambitieux à Copenhague (texte intégral) Mardi 15 décembre 2009 La France et l’Éthiopie, représentant l’Afrique, lancent aujourd’hui un appel à...
- Copenhague : réformer le Mécanisme de développement propre pour que l’Afrique en profite À la veille de l’ouverture du sommet de Copenhague, la question d’un bilan du Mécanisme...

