Copenhague : réformer le Mécanisme de développement propre pour que l’Afrique en profite

À la veille de l’ouverture du sommet de Copenhague, la question d’un bilan du Mécanisme de développement propre (MDP) est cruciale. Le MDP permet aux pays riches de fournir une technologie verte aux pays pauvres à travers un système de certification des réductions d’émissions géré par la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC). Plus précisément, ce mécanisme repose sur la mise en place de projets – financés par le secteur public ou privé des pays industrialisés – qui favorisent la réduction des émissions de CO2 dans des pays en développement. Les investisseurs acquièrent en contrepartie des crédits d’émission de gaz à effet de serre (GES). Ces crédits sont alors négociables sur les marchés internationaux de carbone, pouvant être revendus, par exemple, à une aciérie en Allemagne ou une cimenterie en Suède, permettant ainsi à ces entreprises de se conformer à leurs obligations de réduction d’émissions.

En progrès mais peut mieux faire

Grâce au MDP, le nombre de projets « verts » se multiplie en Afrique, se réjouit le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) mais le continent reste encore loin derrière l’Asie et l’Amérique latine. « Bien que les chiffres soient optimistes, ils soulignent également à quel point les projets qui circulent actuellement en Afrique sont rares en comparaison avec plusieurs autres parties du monde », reconnaît le PNUE. L’Afrique compte 116 projets MDP au stade de la « validation, de la demande d’enregistrement ou enregistrés ». Au Kenya, le nombre est passé de zéro en 2004 à 5 en 2008 et 14 actuellement. Mais voilà, le continent reste à la traine : dans le monde, 4 782 projets MDP ont été validés ou sont proches de l’être, dont plus de 3 745 en Asie-Pacifique et 821 en Amérique latine et dans les Caraïbes.

Un gros potentiel

Si l’Afrique ne représente que 4% des projets MDP dans le monde, ce ne sont pas les opportunités qui manquent. Un premier type de projets concerne la réduction d’émissions d’installations existantes et s’adresse donc prioritairement aux pays émetteurs de CO2, Afrique du Sud, Nigeria et Algérie en tête. Il s’agit de dépolluer : récupération de méthane dans les décharges, valorisation de gaz auparavant brûlé lors de l’extraction de pétrole (torchères), amélioration des rendements des centrales électriques… En juillet dernier, un projet de production de biogaz à partir des déchets sur le site Bingerville, au nord d’Abidjan, mené par la Société ivoirienne de traitement des déchets (Sitrade) avec l’appui de la société italienne Promeco Spa, qui fournit la technologie, a été admis dans le pipeline des projets MDP. Le biogaz produit sera converti en électricité pour alimenter le réseau électrique national.

Le deuxième type de projets s’oriente sur le développement durable grâce à l’utilisation de technologies propres ou l’exploitation d’énergies renouvelables. Et là, certains se mettent même à rêver de projets pharaoniques comme un désert du Sahara couvert de panneaux solaires pour électrifier… l’Europe. Plus concrètement, des expériences intéressantes ont été développées en matière de cogénération notamment à Maurice, mais aussi de géothermie au Kenya sans oublier le solaire (à plus petite échelle), notamment dans les régions rurales, et l’éolien avec d’importants parcs au Maroc, en Égypte et en Afrique du Sud. Outre le secteur de l’énergie, d’autres secteurs offrent des opportunités de réduction de GES comme la forêt, l’agriculture ou le bâtiment.

Réformer le MDP

De nombreuses critiques portant sur la complexité administrative du mécanisme ont été soulevées. Il est urgent d’alléger le mécanisme et de le rendre plus souple. De nombreux experts et responsables de gouvernements africains réclament aussi l’adaptation de ce mécanisme à l’Afrique subsaharienne. En effet, seule l’Afrique du Sud, avec une infrastructure industrielle et financière développée, se prête bien aux exigences du processus complexe d’accréditation du MDP. Ailleurs, le manque d’expertise, de personnels qualifiés pour monter des projets MDP, la faiblesse des institutions économiques et institutionnelles réduisent considérablement les chances du continent de profiter de cette manne financière.

« Le MDP est un mécanisme de marché », rappelle Damien Demailly, chargé du programme Énergie Climat de WWF-France. « On se heurte aux problèmes classiques de l’investissement en Afrique : taille des marchés, environnement des affaires, stabilité… Ces investissements se réalisent là où ils rapportent de l’argent sûr et ne représentent qu’une goutte d’eau pour les pays africains. Bref, si le MDP doit jouer un rôle pour les PMA dans le futur, il est nécessaire de le réformer, notamment en faisant en sorte que les petits projets puissent être validés à travers par exemple un regroupement de projets sur une base commune comme la diffusion des fours solaires », poursuit-il.

Gros enjeux pour l’Afrique à Copenhague : la question des « puits de carbone » dans le domaine de l’agriculture et de la forêt, responsable de 60% des émissions de GES sur le continent. En reconnaissant plus largement les projets d’Utilisation des terres, changement d’affectation des terres et foresterie (UTCF), jusqu’alors limités aux seuls projets de reboisement, l’Afrique pourrait en tirer un réel profit.

Les données du MDP de l’Afrique en détail
Source : Centre Risoe du PNUE au Danemark

- L’électricité produite à partir des décharges en utilisant le méthane des déchets est en tête de liste des projets avec 20 projets représentant 18% du total du continent entier.

- Huit projets d’énergie éolienne, trois dans l’énergie solaire et deux projets géothermiques, qui représentant 12% de tous les projets MDP en Afrique.

- Les projets de reboisement sont au nombre de 17, représentant 15% des projets.

- En 2012, un total de 260 projets MDP en Afrique pourraient être en fonctionnement ou en cours d’approbation.

Projets en Afrique

CER = Certified Emission Reduction (crédit carbone)

MDP Afrique

Source : Centre Risoe du PNUE au Danemark

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