Loin de s’en tenir à leur politique d’investissement originelle, basée sur la prudence et le long-terme, on a vu dans les volets précédents que les fonds souverains avaient pris un tournant au moment de la crise. Un virage qui ne leur a guère réussi, comme le montrent Brad Setser and Rachel Ziemba de RGE Monitor : certains fonds souverains du Golfe ont perdu 40% de leur valeur depuis 2007. Leurs choix malheureux se sont principalement portés sur les banques et l’immobilier…
… quand ils n’ont pas investi chez Madoff
Si le fonds souverain d’Abu Dhabi a démenti l’information alléguant qu’il confiait, depuis 2005, jusqu’à 400 millions de dollars en gestion à Bernard Madoff, Adia reconnait néanmoins avoir investi 132 millions de dollars dans un fonds d’investissement lui-même exposé aux stratégies de Bernard Madoff.
… ou dans les armes
En Afrique, la gestion de ces fonds est parfois (mais pas toujours) encore plus éloignée de la gestion de bon père de famille. Lorsque la Banque mondiale a financé le pipeline Tchad-Cameroun pour évacuer le pétrole de Doba, un accord a été signé avec le Tchad. Il prévoyait que 85% des revenus pétroliers seraient affectés aux infrastructures et dépenses prioritaires comme l’éducation ou la santé, 10% placés sur un compte à l’étranger pour les générations futures, et 5% reversés aux populations dont le pipeline traverse les terres. Après un bras de fer avec la Banque mondiale, Idriss Déby, président du Tchad, a réussi à débloquer les 10% des royalties placés à Londres dans le FGF (Fonds pour les générations futures) pour financer la lutte armée contre les incursions rebelles sur son territoire.
Ce que le FMI résume d’un très politiquement correct : « à cause peut-être d’un manque de volonté politique clairement exprimée, les soldes croissants du FGF ont été largement neutralisés par l’augmentation des emprunts et des arriérés intérieurs. Le FGF n’était pas bien intégré à la stratégie générale du gouvernement en matière de gestion des actifs et passifs. » Idriss Déby, lui, est plus direct : « J’ai besoin du fonds affecté aux générations futures pour armer le Tchad. » Et d’insister : « Si c’était à refaire, je le referais. Les bonnes consciences n’ont qu’à continuer à s’indigner. Je ne peux pas garder de l’argent pour les générations futures, au risque de leur léguer un pays démembré et occupé par des factions rebelles. J’ai acheté des armes et je continue à en acheter avec l’argent du pétrole. » (Jeune Afrique)
À suivre :
Des sauveurs qui font peur
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