
Torchage du gaz, Banque mondiale
Un peu moins de gaz torchés (brûlés) sur les champs pétroliers, selon les observations basées sur les données satellites, c’est un peu moins de tonnes de CO2 rejetées dans l’atmosphère. Certains pays africains s’engagent à lutter contre cette pratique, qui constitue une hérésie tant économique qu’écologique.
À la veille de Copenhague, une bonne nouvelle en matière d’environnement est rare, alors autant se réjouir des petits progrès. Malgré l’augmentation de la production pétrolière de 5% ces trois dernières années, les gaz torchés ont diminué de 22 milliards de m3, selon les données satellites recueillies. Deux mots d’explication : le torchage ou « brûlage du gaz » consiste à brûler les rejets de gaz naturel lors de l’extraction du pétrole. Ce sont ces flammes que l’on voit danser sur de nombreux champs pétroliers. Autant dire que cette pratique est un véritable scandale économique et écologique : non seulement le torchage relève du gaspillage d’une ressource énergétique non renouvelable, mais en plus cette pratique est responsable d’émissions de CO2.
Les efforts de la Russie et du Nigeria
Après avoir atteint un pic en 2005 (162 milliards de m3), les volumes de gaz torchés sont redescendus à 140 Mds de m3 en 2008. Selon une étude du Partenariat mondial pour la réduction des gaz torchés (GGFR, acronyme anglais) réalisée par des scientifiques du centre américain National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), cette réduction de 22 Mds de m3 correspond à 60 millions de tonnes de CO2 non rejetées dans l’atmosphère.
Cette bonne nouvelle est à mettre essentiellement au crédit de la Russie et du Nigeria - qui sont aussi les deux premiers pays au classement des pays « brûleurs de gaz », avec respectivement 40,2 millions de m3 et 14,9 millions de m3 – devant l’Iran, l’Irak et l’Algérie (voir le tableau infra). « Ces derniers résultats sont certainement encourageants, mais il est trop tôt pour se réjouir, car une grande quantité de gaz naturel continue à être gaspillée à travers le monde », tient à tempérer Bent Svensson, directeur du programme GGFR de la Banque mondiale.
En fait, depuis 2002, l’institution financière internationale tente de mettre ce problème méconnu sur le devant de la scène et lance le GGFR à l’occasion du sommet mondial sur le développement à Johannesburg. Sa mission : encourager les efforts menés par les pays producteurs et les compagnies pétrolières afin de réduire le torchage. Dans les pays en développement, le manque d’infrastructures pour traiter le gaz et l’acheminer vers les marchés internationaux et la faiblesse des débouchés commerciaux sur les marchés locaux retardent l’abandon de cette pratique. Le partenariat, qui réunit des entreprises pétrolières, des États et des institutions internationales, encourage l’adoption de cadres réglementaires par les pays producteurs et accompagne des projets de traitement des gaz associés à la production pétrolière.
Un problème qui concerne l’Afrique
L’Afrique est particulièrement concernée, avec un tiers des volumes de gaz torchés notamment au Nigeria, en Algérie, en Libye, en Angola et en Guinée Équatoriale. « Si l’on prenait le gaz torché en Afrique, ce qui ne représente que 40 milliards de m3 par an, et qu’on l’utilisait pour créer de l’électricité produite par des centrales modernes et efficaces, on pourrait doubler la production électrique de l’Afrique subsaharienne, à l’exclusion de l’Afrique du Sud », reconnaît Bent Svensson directeur du GGFR.
Pourtant, les bonnes volontés ne manquent pas. « À partir de 2011, il n’y aura plus de torchage des gaz en Algérie », annonçait en mai 2008 le secrétaire général du ministère algérien de l’Énergie et des Mines, Fayçal Abbas. Le Nigeria aussi s’était fixé un objectif ambitieux : abandonner cette pratique dès 2008. On en est loin, bien sûr. Désormais cet objectif est reporté à 2010. Le Nigeria va donc interdire en janvier le torchage du gaz, une pratique « peu écologique de la combustion du gaz issue de l’extraction du pétrole », a déclaré début novembre le ministre des Affaires étrangères, Bagudu Hirse. Mais, plus qu’au gouvernement, la responsabilité incombe aux sociétés pétrolières. L’industrie pétrolière représente plus de 90% des recettes d’exportation du Nigeria et ces dernières savent jouer de leur poids économique pour inciter le gouvernement à repousser sans cesse cette date limite.
Avec la tenue du sommet de Copenhague qui se rapproche, les bonnes intentions se signalent. Le Gabon va lui aussi abandonner le torchage en 2010. Les engagements sont pris…
| Volume de gaz torchés (estimation sur la base de données satellites) |
|||||
|
Volumes en Mm3 |
2005 |
2006 |
2007 |
2008 |
Evolution 2007-2008 |
| Russie |
55,2 |
48,8 |
50,0 |
40,2 |
-9,8 |
| Nigeria |
21,3 |
19,3 |
16,8 |
14,9 |
-1,9 |
| Iran |
11,3 |
12,1 |
10,6 |
10,3 |
-0,3 |
| Iraq |
7,1 |
7,4 |
7,0 |
7,0 |
0,0 |
| Algérie |
5,2 |
6,2 |
5,2 |
5,5 |
0,3 |
| Kazakhstan |
5,8 |
6,0 |
5,3 |
5,2 |
-0,1 |
| Libye |
4,4 |
4,3 |
3,7 |
3,7 |
0,0 |
| Arabie Saoudite |
3,0 |
3,3 |
3,4 |
3,5 |
0,1 |
| Angola |
4,6 |
4,0 |
3,5 |
3,1 |
-0,4 |
| Qatar |
2,7 |
2,8 |
2,9 |
3,0 |
0,1 |
| Ouzbekistan |
2,5 |
2,8 |
2,0 |
2,7 |
0,7 |
| Mexique |
0,9 |
1,2 |
1,7 |
2,6 |
0,9 |
| Venezuela |
2,1 |
2,0 |
2,1 |
2,6 |
0,5 |
| Indonesie |
2,7 |
3,0 |
2,4 |
2,3 |
-0,1 |
| USA |
2,0 |
1,9 |
1,9 |
2,3 |
0,4 |
| Chine |
2,8 |
2,8 |
2,5 |
2,3 |
-0,2 |
| Oman |
2,5 |
2,2 |
1,9 |
1,9 |
0,0 |
| Malaisie |
1,7 |
1,8 |
1,7 |
1,9 |
0,2 |
| Canada |
1,2 |
1,6 |
1,8 |
1,8 |
0,0 |
| Koweït |
2,5 |
2,5 |
2,1 |
1,8 |
-0,3 |
| Total top 20 |
142 |
136 |
129 |
119 |
-10 |
| Reste du monde |
20 |
21 |
19 |
22 |
3 |
| Total mondial |
162 |
157 |
148 |
140 |
-7 |
Remarque : Les scientifiques du NOAA attirent l’attention sur le fait que les résultats obtenus à partir des données satellites doivent être pris avec précautions compte tenu des erreurs possibles.
Ailleurs sur la toile :
Partenariat mondial pour la réduction des gaz torchés
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