Fonds souverains : la tentation de l’opportunisme

On a vu dans les volets précédents de notre dossier comment nous avions assisté, ces dernières années, à la montée en puissance des fonds souverains dans l’économie mondiale, et à la mutation de leurs investissements. Il est donc temps d’entrer dans les détails : dans quoi ont-ils investi, et pour quelles performances ?

La nouvelle politique d’investissement des fonds souverains ne date pas de la crise. En 2006, déjà, GIC (Singapour) annonçait son intention d’investir plus largement sur les marchés actions et dans les fonds d’investissement, qui avaient selon lui fait la preuve de leur forte rentabilité.

D’abord… dans les banques fragilisées par la crise des crédits hypothécaires

Les fonds souverains considéraient alors que les banques étaient largement sous-valorisées, et qu’elles représentaient un investissement long-terme assez sûr pour y prendre de larges participations avec une belle chance de plus-value. L’occasion faisant le larron, cette montée en puissance s’est affirmée pendant la crise financière de 2007-08.

Les fonds asiatiques et des pays du Golfe ont donc massivement investi dans les banques, sous la forme de prises de participation. Lorsque Merrill Lynch a opéré sa levée de fonds (entre 12,7 et 12,8 milliards de dollars) en décembre 2007, ces mêmes fonds sont intervenus à hauteur de 9 milliards, aux côtés de fonds de pension et de fonds d’investissement. Un mois plus tard, en janvier 2008, ils participaient à hauteur de 9,9 milliards à l’augmentation de capital de Citigroup (12,5 milliards). Ces exemples sont loin d’être isolés. On peut également citer :

- CIC (Chine) : 9,9% de Blackstone et 9,9% de Morgan Stanley en 2007
- CDB (Chine) : 3,1% de Barclays en 2007
- Temasek (Singapour) : 18% de Standard Chartered en 2007 et 2,5 à 3% de Barclays en 2008
- GIC (Singapour) : 9% d’UBS
- Challenger (Qatar) : 3% de Barclays en 2008
- Qatar Holding : 12,7% de Barclays fin 2008

Il est désormais certain que sans ces interventions, un plus grand nombre de banques auraient sombré, rendant la contagion du système financier plus difficile, voire impossible à endiguer. En cela, les fonds souverains ont participé – au même titre que les États - au sauvetage des banques. Sans toutefois rivaliser avec les États eux-mêmes. Pour comparaison, le Trésor américain a injecté 200 milliards de dollars dans le sauvetage de Fannie Mae et Freddie Mac.

Dans « Les fonds souverains : un nouveau mode de régulation du capitalisme financier ? », Bertrand Blancheton et Yves Jégourel remarquent à ce propos : « il est intéressant d’observer qu’aucune prise de participation n’a été recensée dans les banques allemandes, françaises, espagnoles ou italiennes qui elles aussi ont eu d’importants besoins de capitaux propres. Les fonds souverains ont-ils redouté un plus grand activisme des États de la zone euro dans la gestion de leurs banques nationales en temps de crise, ou bien ont-ils choisi de monter au capital des banques occidentales les plus rentables ? ». Une remarque bien illustrée par le tableau de leurs investissements dans les institutions financières occidentales, que vous pouvez consulter ici.

EDIT 04/01/2010 : LeMonde.fr reprend BreakingViews qui revient sur l’investissement calamiteux d’Adia (Fonds d’Abu Dhabi) dans Citigroup. C’est à lire ici.

Mais aussi, plus globalement, sur des marchés à risque…

…comme nous le verrons dans un prochain post :

Les fonds souverains ont investi dans des valeurs qui fondent en même temps que le pétrole…

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