Transferts des migrants : Ecobank et Caisse d’Épargne s’y mettent

Repartition de l'envoi de fonds vers le MaliDécidément, les transferts des migrants font parler d’eux. Et pour cause : « C’est beaucoup d’argent. C’est plus que toute l’aide étrangère et les investissements étrangers directs combinés, mais la principale différence est que ces flux vont directement dans les mains de ceux qui en ont le plus besoin », rappelle Pedro de Vasconcelos, coordinateur du programme des transferts de fonds au FIDA, à l’agence IPS.

Après le rapport du Fida (publié fin octobre), le Global Forum on Remittances 2009 qui s’est tenu à Tunis les 22 et 23 octobre, l’initiative d’Eric Besson, de la Banque africaine de développement et du FIDA pour la création d’un fonds multilatéral de développement destiné à réduire le coût des transferts de fonds des migrants, c’est aux opérateurs privés du secteur bancaire de relever le potentiel de ces mouvements de capitaux.

Quelque 600 millions d’euros annuels voyagent de la France vers l’Afrique subsaharienne. Mais les transferts de fonds vers l’Afrique restent chers comparés au reste du monde. Alors que leur coût oscille entre 4% et 6% vers l’Asie ou l’Amérique latine, les envois des migrants africains sont taxés à hauteur de 10% en moyenne, rapporte le FIDA. « Il y a trop peu de concurrence. Deux acteurs, Western Union et MoneyGram, détiennent à eux seuls 65 % du marché pour le moment. Alors, vous payez une prime élevée pour que vos envois entrent dans les mains des êtres qui vous sont chers », explique Pedro de Vasconcelos. Un manque à gagner important pour le développement économique. Car, si les bénéficiaires des transferts de fonds en allouent 80% à 90% aux besoins de base comme l’énergie et la nourriture et mettent le reste sous le matelas, c’est avant tout parce que ces populations, rurales pour l’essentiel, n’ont pas accès aux services financiers de base. Il n’en demeure pas moins que dans un pays comme la Somalie, près de 80% des fonds de démarrage des entreprises viendraient de la diaspora.

10€ de frais, quel que soit le montant du transfert

Las de voir leur échapper les envois de leurs propres clients, Ecobank et la Caisse d’Épargne ont décidé de s’associer et se lancer dans les transferts de fonds. « Dans notre agence de Montreuil (banlieue parisienne, ndlr), ces envois nous échappent complètement. Tous les mois, nous voyons nos clients venir retirer leur argent au guichet et traverser la rue pour entrer à La Poste ou à la Western Union », raconte Daniel Clément, directeur du développement commercial en charge des partenariats France et International de la Caisse d’Épargne. Les deux entités bancaires ont donc lancé depuis une semaine, et pour une période de 6 mois, une opération pilote sur plusieurs agences d’Ile-de-France ciblées pour leur importante clientèle issue de la diaspora africaine (Montreuil et Château d’eau). Leur offre est simple : les transferts de fonds coûtent 10€ quel que soit le montant, dans la limite de 15 200 euros. Un tarif compétitif dès lors que le montant du transfert dépasse les 300 euros. Pour en profiter, il faut avoir un compte émetteur à la Caisse d’Épargne et un récepteur chez Ecobank (présent dans 28 pays). En effet, l’objectif de la Caisse d’Épargne et d’Ecobank ne se limite pas à profiter de cette masse financière en croissance.

Une initiative en faveur de la bancarisation

Pour les deux banques, les transferts de fonds constituent avant tout un produit d’appel pour proposer toute leur palette de services bancaires (lire Des transferts de fonds à la bancarisation, 3 questions à Christophe Jocktane-Lawson, directeur régional à l’International pour Ecobank). Autre avantage non négligeable, « les transferts de fonds permettent à Ecobank de refinancer les opérations locales. En ce moment, face à la pénurie de devises, nous en avons réellement besoin », souligne Christophe Jocktane-Lawson. Mais le moment est-il vraiment opportun pour lancer une telle opération ? Les transferts internationaux vers les pays en développement ont en effet chuté de plus de 7% en 2009 en raison de la crise économique. Pour Christophe Jocktane-Lawson, c’est au contraire la meilleure période pour lancer ce pilote : « la crise, et son impact sur l’Afrique, étaient prévisibles. On parle aujourd’hui de reprise. Mieux vaut se préparer en période d’accalmie ».

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