On a vu au démarrage de notre dossier que les fonds souverains jouaient un rôle de régulateurs de l’économie mondiale, en pratiquant une politique d’investissement plus prudente et plus orientée sur le long-terme que d’autres types d’investisseurs (hedge funds, fonds de pension…). Mais leurs récents investissements remettent en cause cette hypothèse.
Le formidable bond de leurs actifs observé avant la crise, entraîné directement par la hausse des cours des matières premières, a changé la donne, propulsant les fonds à la tête de réserves colossales, qu’ils se devaient de valoriser. Puis la crise est arrivée, et avec elle des opportunités d’investissement trop tentantes pour les gestionnaires de ces énormes réserves de liquidités devenues rares dans le système financier. Plusieurs économistes remettent alors en cause l’efficacité de l’investissement de ces fonds comme stabilisateurs des économies nationales, tout en leur reconnaissant un rôle globalement positif en termes macroéconomiques.
Après avoir cru à un effet régulateur des fonds souverains, les analystes revoient donc leurs espoirs à la baisse. Ces fonds « privilégiant un horizon de long terme et des supports d’investissements conventionnels » (Bertrand Blancheton et Yves Jégourel, Université Bordeaux IV) semblaient « en outre ne pas avoir une exigence de rentabilité du capital excessive ». « Pour autant, une analyse plus fine met en lumière une forte hétérogénéité des stratégies financières menées par les fonds souverains et permet de nuancer leur rôle positif sur les marchés financiers. »
Dans un entretien avec le Nouvel Observateur, l’économiste Philippe Chalmin, auteur du rapport annuel CyclOpe (matières premières), est plus radical : « Ces fonds sont en fait de grosses sicav dont l’argent est placé aux États-Unis ou en Suisse. Ils sont venus au secours des institutions financières pour ne pas scier la branche sur laquelle ils sont assis. Ce qui est plus intéressant, c’est que la Chine achète des groupes miniers. Elle a besoin de se créer une zone d’influence. »
Une tendance confirmée par le HEC Eurasia Institute, qui publie un résumé (téléchargeable ici) très efficace des prises de participations du fonds chinois CIC (China Investment Corporation, créée en 2007 et dotée de 288 milliards de dollars) : « La liste des investissements dans le secteur des matières premières et énergétiques se rallonge de jour en jour. Entre juin et octobre 2009, sept opérations dans le secteur minier ont été menées », en direct ou via des filiales « parfois créées pour l’occasion ».
La suite dans notre prochain volet : Fonds souverains, la tentation de l’opportunisme
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