Madagascar : la saison du litchi débute avec un peu de retard

Litchis de Madagascar. Photo D.R.

La campagne 2009/10 du litchi doit démarrer, avec une semaine de retard, à partir du 25 novembre, juste à temps pour approvisionner les marchés européens lors la période des fêtes de fin d’année. La filière réussira-t-elle à déjouer les difficultés rencontrées lors de la campagne précédente ? Commentant cette dernière, le Centre technique horticole de Tamatave dresse un bilan mitigé : « Les quantités trop importantes par rapport au potentiel d’absorption des marchés européens, la qualité globalement moyenne des fruits, les effets de la crise économique sur la consommation et la très forte concurrence entre opérateurs sont autant d’éléments qui ont fortement perturbé la mise en marché du produit ».

Tous les opérateurs de la filière litchi se penchent sur la date de début de la campagne, concentrée sur quelques mois. Entre novembre et févier-mars, tout est bouclé : la récolte, l’expédition et la commercialisation. Et pour cette dernière étape, la meilleure période reste les fêtes de fin d’année.
Cette année, le démarrage de la campagne est annoncé avec une semaine de retard. Dans une note publiée le 27 octobre, les experts du Centre technique horticole de Tamatave (CTHT) précisent qu’on peut estimer que la maturité des fruits pourrait être atteinte durant la semaine 48, plus précisément entre le 25 et le 29 novembre. Bonne nouvelle du côté de la qualité, aucun phénomène de changement de coloration de la coque suite à d’éventuels stress n’a été observé. En revanche, il semble que le calibre moyen risque d’être en deçà des attentes et les fruits les plus précoces (moyenne des diamètres égale à 22 mm) sont localisés principalement dans la zone de Brickaville.
Pour les exportateurs, cette date de démarrage de la campagne est déjà limite s’ils veulent que leurs fruits soient sur les étals des marchés européens une semaine avant Noël, l’acheminement par mer prenant au moins trois semaines. Cette année, le transport a été réorganisé, avec un seul bateau à cave réfrigérée (bateau conventionnel), d’une capacité de 7 000 palettes (5 600 tonnes) contre deux auparavant (pour la même quantité). Les exportateurs auront 48 heures pour charger ce navire qui accostera au port de Toamasina. Le reste – c’est-à-dire les 12 000 (9 600 t) sur les 19 000 palettes (15 000 t) prévues – sera exporté par conteneurs réfrigérés.

Bilan de la campagne précédente
À la veille de cette nouvelle campagne, jetons un coup d’œil sur le bilan de la campagne précédente pour en tirer quelques enseignements. En 2008/09, Madagascar a conforté sa première place d’exportateur de litchis, avec près de 24 000 t exportées. La meilleure campagne remontait alors à 2004/05 avec un total de 22 500 t. Du point de vue de la production, Madagascar reste de loin l’origine la plus prisée sur le marché européen, et pour l’instant ses principaux concurrents ne représentent qu’environ 10% des exportations de litchis.
Tout s’annonçait donc plutôt bien pour 2008/09, la quantité était présente et les conditions climatiques favorables ont permis un démarrage précoce. Les quantités expédiées par avion en début de campagne ont été similaires à celles de la campagne précédente, mais ont bénéficié d’une durée de commercialisation supérieure. Et pourtant, le bilan reste morose, selon le CTHT.
L’abondance tue le marché. En quelques semaines, l’afflux de litchis de Madagascar, mais également des origines concurrentes de la zone de l’océan Indien (Ile Maurice, Afrique du Sud et Réunion) a fait chuter les prix. « En outre, l’arrivée précoce des produits, éloignée des fêtes de fin d’année, s’est heurtée à une demande peu dynamique », constate le CTHT.
Dans la dernière phase de la saison, d’importants volumes ont été acheminés par conteneurs maritimes (dépassant pour la première fois les volumes chargés sur les navires conventionnels). Ces produits ont inondé les marchés européens après la période des fêtes, à un moment où la demande est beaucoup plus faible. Résultat, les prix ont continué de chuter.
Les effets de la crise économique se sont fait ressentir sur la demande, moins dynamique en Europe. Mais le CTHT souligne également « la qualité moyenne des fruits malgaches et leur tenue limitée dans le temps. De nombreux lots de fruits ont effectivement dû être retriés, voire écartés de la commercialisation en raison de développement de moisissures ». En résumé : les meilleures conditions de marché pour le litchi se concentrent sur la période des fêtes de fin d’année. Après, on peut presque dire que c’est trop tard, la demande s’affaisse, et  la qualité du produit diminue.

Millenium Challenge Account
La filière doit donc trouver d’autres débouchés. Les États-Unis restent à conquérir et Madagascar, qui bénéficie du soutien du Millenium Challenge Account (MCA), a toutes ses chances. Selon l’analyse du MCA, le marché américain pourrait absorber le surplus de la production nationale estimé à plus de 50 000 t : « Avec leurs 300 millions d’habitants, les États-Unis ne disposent que de 2 000 t de production en Floride et d’environ 8 000 t importées principalement de Chine, du Mexique et d’Israël. » D’autres marchés offrent aussi un potentiel à exploiter, notamment l’Afrique du Sud, mais aussi les pays d’Europe du Nord. La filière génère actuellement un chiffre d’affaires d’environ 30 millions d’euros et fait vivre quelque 30 000 ménages. Elle pourrait faire encore mieux.

Ailleurs sur la toile

Le site du Centre technique Horticole de Tamatave (CTHT)
Le site du Millenium Challenge Account Madagascar sur la filière litchi

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