Le FMI regretterait-il la Caistab ?

Cabosses
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« Des instruments spéciaux, tels que des règles budgétaires et des fonds de stabilisation des prix des matières premières, pourraient être utiles. » Nombre d’analystes n’en doutent pas, à commencer par les observateurs de la filière cacao ivoirienne. Mais que cette phrase figure en première page des « Perspectives économiques régionales » pour l’Afrique subsaharienne du FMI, c’est plus étonnant.

Faut-il rappeler que c’est sous la pression de ce dernier (et de la BM) que la Côte d’Ivoire a dû démanteler sa Caistab (Caisse de stabilisation des prix payés aux planteurs de cacao et de café) en 1999, après dix douloureuses années de libéralisation de la filière suite à l’échec de la « Guerre du cacao » menée par Houphouët-Boigny pour essayer de faire remonter les cours après leur effondrement en 1985 ?

La Caistab a longtemps été célébrée non seulement comme soutien des prix mondiaux du cacao, mais également comme instrument de pacification (elle servait, elle aussi, à « fluidifier les relations sociales ») dans un pays où, déjà, il fallait gérer des rivalités ethniques et politiques. « En effet, en plus de financer les principales infrastructures du pays, l’argent du cacao est largement distribué selon des règles tacites d’équilibre politique, catégoriel, régional et ethnique. Les partisans du parti unique sont récompensés, les opposants encouragés à calmer leurs ardeurs, les tensions naissantes contrôlées dès leur apparition », rappelle Anna Bednik, chercheuse, à l’Université Paris-VIII, dans Le Monde Diplomatique.
Qu’elle soit devenue dans les années 1980 la caisse de la corruption autant que celle des planteurs, c’est certain. Mais fallait-il pour autant la rayer de la carte, plutôt que de la réformer ou, a minima, proposer un système pour la remplacer ? D’autant plus que la mort de la Caistab n’a pas – loin de là – fait disparaître la corruption dans la filière. J’en veux pour preuves l’opération « Mains propres »lancée en 2008 par Gbagbo et les articles de Guy-André Kieffer avant sa disparition.
Sylvie Bellanger-Guillaume, négociante en cacao de spécialités et fondatrice de Silco SA, résume cela lors d’un petit déjeuner organisé par Thomson-Reuters (propos cités dans l’Edito Matières premières) : Il est vrai que la Caistab était très « imparfaite ». Mais sa disparition « sans aucune mesure d’accompagnement » n’était pas non plus l’idée du siècle. La filière ivoirienne s’est trouvée totalement désorganisée. En 1995, « seules 5% des fèves de cacao exportées de Côte-d’Ivoire ne respectaient pas les normes FCC de qualité édictées par la filière cacao, et étaient alors dirigées vers les cosmétiques (savons…), la pharmacopée, etc. Aujourd’hui, ce taux est de 17%, voire 20%. »
Patrick Guillaumont, président de la Fondation pour les études et recherches sur le développement international (Ferdi), fut le premier à relever cette phrase, lors de la présentation des perspectives du FMI. « Les temps ont bien changé, et les discours du FMI avec ».
Même si on ne peut que se féliciter, à l’instar de Shantayanan Devajaran, économiste en chef pour la région Afrique à la BM, que les discours aient évolué, on peut regretter la citation un peu paternaliste dont il accompagne ce constat : « À quatorze ans, je trouvais mon père tellement ignorant que j’avais peine à le souffrir; mais, à vingt et un ans, je fus étonné de constater tout ce qu’il avait appris dans l’espace de sept ans.  »
Oui, les politiques macroéconomiques poussées par le Fonds ont porté leurs fruits, oui les État africains sont aujourd’hui mieux armés pour mener des politiques anticycliques efficaces face à la « grande récession », comme la qualifie le FMI. Mais cela excuse-t-il la dureté des plans d’ajustement structurel et leurs conséquences désastreuses pour les populations ? Ne pouvait-on pas mieux accompagner la mutation des économies du continent ? Peut-on reprocher aux planteurs ivoiriens de trouver la pilule un peu amère, eux qui ont peu à peu délaissé les cacaoyers qui ne les faisaient plus vivre ?
Surtout en cette période où l’OCDE prévoit un tassement de la croissance de l’Aide publique au développement en 2009 et 2010 et où les promesses de son doublement (engagement de Gleneagles) sont clairement caduques…

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