Amérique du Sud-Afrique : l’union avance pas à pas

Sommet ASA

Sommet ASA

Plus de soixante chefs d’État des pays d’Amérique latine et d’Afrique se sont retrouvés les 26 et 27 septembre pour le deuxième sommet ASA (Amérique du Sud-Afrique). À l’occasion de cette rencontre sur l’île de Margarita au Venezuela, les chefs d’État des deux continents (à l’exception d’Alvaro Uribe, le président colombien, en froid avec le Venezuela d’Hugo Chavez) ont fait montre de leur volonté de coopération. « Ce sommet est un rendez-vous avec l’histoire, il faut aller au-delà de la rhétorique, car la crédibilité de la coopération Sud-Sud est en jeu », a déclaré Jean Ping, le président de la commission de l’Union africaine. Un slogan d’encouragement, pour que cette montagne n’accouche pas d’une souris.

Cap sur la valeur ajoutée

Déplorant le maigre bilan du premier sommet du genre en 2006,  Hugo Chavez a souhaité mettre le cap sur la valeur ajoutée. Il a notamment proposé de créer une compagnie publique plurinationale, chargée d’alimenter en carburant les deux régions, qu’il a baptisée « Petrosur ». Il a aussi milité pour la construction de raffineries en Afrique. Le président du premier pays exportateur de brut du continent sud-américain a donc signé pas moins de huit accords dans le domaine énergétique avec l’Afrique du Sud, le Cap-Vert, le Soudan et la Mauritanie. Des accords ou tout simplement des lettres d’intention, comme le rappelle Naha mint Mouknass, chef de la diplomatie mauritanienne, au micro de RFI : « pour l’instant vous devrez vous contenter de la déclaration du président Chavez », répond-elle lorsque notre consœur Marie-Pierre Olphand l’interroge sur le concret de cette affaire.

De son côté, la présidente de l’Argentine, grand pays agricole, a proposé de transférer « technologie, l’expertise, les machines pour que l’Afrique (…) puisse produire elle-même ses aliments ».

Donner de la voix

Coincés entre le sommet de Pittsburgh et la prochaine assemblée annuelle des institutions de Bretton Woods qui se tiendra à Istanbul, les pays d’Afrique et d’Amérique du Sud ont saisi l’occasion pour crier à nouveau leurs revendications concernant la gouvernance mondiale. Pour le Brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, moteur de la coopération entre les deux continents, « Il n’y a pas de défi mondial que l’Afrique et l’Amérique du Sud ne peuvent affronter ensemble, ni de défi qui puisse être affronté sans l’Amérique du Sud et l’Afrique. » L’Afrique et l’Amérique du Sud veulent notamment faire front face à la crise financière, dont la responsabilité incombe, d’après eux, au pays du Nord. Dès le premier jour du sommet, le président vénézuélien a d’ailleurs proposé la création d’une banque bi-régionale pour financer les projets de coopération africano-sud-américains. L’ensemble des chefs d’État des soixante pays présents se sont notamment prononcés en faveur d’un nouveau système financier, fondé sur des institutions régionales et sur une logique de développement. « Nous devons négocier un accord monétaire régional et bi-régional pour coordonner nos politiques et éviter que la crise ne s’approfondisse dans nos pays », a déclaré le président de l’Equateur, Rafael Correa. Les pays d’Amérique du Sud ont un coup d’avance sur cette question, puisque la Banque du Sud, qui était resté lettre morte depuis l’annonce de son lancement en grande pompe lors du premier sommet du genre fin 2007, est finalement née. Son rôle sera le financement de programmes de développement économique et social dans les sept États membres. Pour son cinquantième anniversaire, la Banque interaméricaine de développement – filiale pour l’Amérique latine de la Banque mondiale - voit donc arriver une jeune concurrente qui ne dit pas son nom.

nb: Le prochain sommet Sud-Sud réunira à Nairobi (1er-3 décembre) des délégués africains et sud-américains. Il sera notamment l’occasion de « jeter les bases de l’adoption d’une position par le Sud au Sommet de Copenhague sur le changement climatique prévu entre les 7 et 18 décembre 2009 », selon le ministère kenyan des Affaires étrangères.

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3 Responses

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  1. [...] Original post by Anaïs Dubois [...]

  2. Il est intéressant de comparer ce genre de sommets au mouvement tiers-mondiste des années 50. Il y avait à l’époque une conscience commune d’être exploités par les pays riches. Le discours était essentiellement politique, et les espoirs reposaient sur la richesse des relations entre les peuples. Aujourd’hui, seuls Chavez et Kadhafi continuent à en appeler à ce type de légitimité, pour tenter de fédérer, grâce à leurs pétrodollars, autour de leur combat contre les puissances impérialistes qui louchent sur leurs réserves d’hydrocarbures.
    Bien sûr, ce qui a changé, c’est l’affaiblissement du politique face à la toute puissance de l’économie. Cette évolution touche autant les relations internationales que les débats internes à chaque pays. Mais il y a autre chose. S’il y a un refus des « pays du Sud » de continuer à être appelé « sous-développés » ou « tiers-monde », et à fustiger les pays « développés », c’est aussi que le rapport de force a totalement changé. Et que la crise actuelle en est à la fois un vecteur violent et un témoin impitoyable. La crise des subprimes, c’est le retour sur terre de l’économie américaine qui vivait à crédit sans jamais envisager de rembourser un jour – faisant perdurer l’illusion d’une puissance déjà en train de s’effriter. La crise révèle aussi la perte relative de pouvoir d’achat de l’Europe face aux émergents. Avec la hausse de la demande mondiale, les prix augmentent, mais les revenus des Européens stagnent. En termes relatifs, c’est vers des pays comme l’Inde ou la Chine que ces capacités à consommer se dirigent.
    Dans ces conditions, plus besoin de grandes messes à la Soekarno pour condamner les pays capitalistes. Tout le monde est capitaliste. On veut juste corriger le système à la marge. On crée des banques interrégionales. On construit des raffineries. Et si on croit toujours dans l’échange comme source de progrès, il ne s’agit plus de communication entre les peuples, mais de biens et services.
    Pour l’Afrique, qu’est-ce que ça change ? Est-elle mieux considérée dans ces nouveaux forums internationaux ? Ou s’agit-il d’un nouveau discours enrobant une nouvelle forme d’impérialisme, initiée par de nouveaux acteurs ? La menace existe, mais il est indéniable que les nouvelles générations de leaders africains semblent mieux armés pour négocier ce genre de rendez-vous.

    1. Myrtille Delamarche

      Le mouvement tiers-mondiste tentait de répondre sur le plan politique à une exploitation – déjà – principalement économique (guerre froide et complexe de Fachoda mis à part, peut-être). Aujourd’hui, les pays du Sud utilisent les mêmes armes que les autres, et font jouer la concurrence autour de matières premières qui se raréfient. En cela, ils sont effectivement mieux armés que leurs pères, puisqu’ils ont appris de leurs interlocuteurs. L’affaiblissement du politique n’est à mon avis pas complètement bilatéral.
      Concernant la montée des nouveaux acteurs économiques sur le continent africain (Chine en premier lieu, mais pas uniquement), je crois donc qu’on se trompe de débat. Il faut cesser de se poser la question des motivations des nouveaux arrivants – elles sont peu ou prou les mêmes que celles de leurs prédécesseurs – pour en arriver, enfin, à celle de la transformation de cette concurrence en atout-maître. Et là, la personnalité des leaders du Sud prend toute son importance: l’Afrique ne sera pas mieux considérée dans les instances de décision internationales tant que ses richesses agricoles et minières ne se transformeront pas en pouvoir d’achat de sa population. La Chine et l’Inde ont gagné leur place au sommet quand elles sont devenues un marché à part entière, à l’import comme à l’export. Or les négociations récentes des leaders du Sud ne prennent pas cette voie. Il faut cesser d’échanger des richesses contre une aide au développement qui, quelle que soit sa forme, s’avère une promesse non-tenue, pour se faire payer leur prix réel. Celui d’une dépendance qui ne va pas dans le sens qu’on croit. La Chine l’a bien compris, qui est en train de fermer le robinet des terres rares après avoir largement participé à la diffusion des nouvelles technologies dans le monde…

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