« L’Afrique du Sud a besoin d’au moins 40 nouvelles mines de charbon ». L’assertion est de Brian Dames, directeur des opérations d’Eskom. Mais elle a également besoin d’une stratégie globale sur le charbon, de réformer la chaîne de transport et d’avancer sur la question du charbon propre avant d’être rattrapée par les engagements internationaux sur la réduction des émissions de CO2.
Il ne reste pas assez de charbon dans le Mpumalanga (où se trouvent 8 des 11 centrales thermiques d’Eskom) pour alimenter les centrales électriques d’Eskom pendant toute leur durée de vie. C’est, en résumé, le cri d’alarme lancé par Brian Dames dans les colonnes de Miningmx, site sud-africain spécialisé sur le secteur minier (ici). « Alors que la demande en charbon d’Eskom a augmenté de 5% par an, la production de l’Afrique du Sud est restée stable. C’est ce qui nous rend difficile l’accès au charbon à bas prix », explique Dames, qui évalue à 40 milliards de rands le coût des nouveaux sites, auquel il faut ajouter l’investissement nécessaire dans la chaîne de transport. Or Eskom a annoncé en août ses pires pertes annuelles dans l’histoire de la compagnie.
Faiblesse du maillon transport
Avec le développement de l’exploitation dans le Waterberg (province du Limpopo), les ressources en charbon sont de plus en plus éloignées des centrales qui les achètent (actuellement en majorité dans le Mpumalanga). Or la région ne possède ni les ressources en eau nécessaires au fonctionnement de nouvelles centrales thermiques, ni les infrastructures de transport qui permettraient d’acheminer le charbon à bas coût. Eskom doit donc convoyer de plus en plus de charbon par camions : « plus de 5 000 chargements par jour », selon Dames.
Une nouvelle ligne ferroviaire de 100 km est prévue dans le Mpumalanga, entre Amersfoort et Ermelo pour alimenter la centrale de Majuba. Mais à 4 milliards de rands les 100km, Eskom, dont l’accès au crédit est limité, ne pourra pas développer massivement le rail, même si l’investissement sera couvert à terme par les économies effectuées sur le transport. Et ce projet, prévu pour démarrer en 2008 et se terminer en 2011, a finalement été retardé. En outre, le réseau de transports actuel vers l’export ne donne pas satisfaction. Les déraillements et retards accumulés le long de Richards Bay ont entamé la confiance des partenaires de Transnet, le groupe logistique en charge de l’acheminement au terminal charbonnier.
C’est pourtant la voie à suivre. Car le transport du charbon par route est unanimement décrié, tant pour des raisons environnementales que de sécurité. 55% du charbon produit dans le pays, export et consommation nationale confondus, est acheminé par route. Or l’Afrique du Sud connaît un taux de mortalité dans des accidents de poids-lourds deux fois supérieur à celui de la Nouvelle-Zélande, et plus de quatre fois supérieur à celui de l’Australie ou des États-Unis, affirmait un transporteur à la conférence Coaltrans SA de Sandtown début septembre.
L’Afrique du Sud, acteur de premier plan sur le marché du charbon
Dans le top 5 des exportateurs mondiaux, l’Afrique du Sud consomme pourtant presque les deux-tiers de sa production. Eskom produit 90% de son électricité à base de charbon (6% centrale nucléaire de Koeberg, le reste partagé entre gaz, hydroélectricité, géothermie et éolien), et 90% du charbon consommé est destiné à la production électrique.
Très demandé, l’autre or noir a trouvé dans ce pays d’autres applications d’avenir : Sasol, privatisée en 1979, est le précurseur de la production de carburants à base de charbon, suite à l’embargo sur les produits pétroliers imposé à l’Afrique du Sud jusqu’en 1994. Sasol avait alors développé le système allemand utilisé pendant la seconde guerre mondiale.
Un premier rôle au générique de la croissance
Eskom, dont les réserves en charbon sont tombées à 40 jours (Sapa), fournit 95% de l’électricité du pays. En déficit de production depuis janvier 2008 par rapport à la demande électrique, elle a dû limiter ses approvisionnements et appliquer une hausse de 34% de ses tarifs pour financer de nouvelles centrales (Reuters). À partir de 2018, la compagnie nationale d’électricité aura besoin de 180 à 200 millions de tonnes (Mt) annuelles pour faire tourner ses centrales, contre 120 à 130 Mt aujourd’hui.
Sur une production (2008) de 250 Mt, le risque est de réduire la part du charbon exporté, avec pour conséquence une baisse des rentrées en devises qui rendrait encore plus problématique le financement des investissements.
Pour répondre à la demande, Jacob Maroga, directeur exécutif d’Eskom, estime à 110 milliards de rands l’investissement nécessaire (y compris la construction et la mise en exploitation de 40 nouvelles mines d’ici 2020) alors que la crise a fortement entamé sa capacité d’emprunt.
L’Afrique du Sud serait donc confrontée, à l’instar de la Russie, à un choix entre exportations et autosuffisance. Vladimir Poutine a pris la décision de doubler la part du charbon thermique dans la production électrique entre 2007 et 2015 (de 17% à 35%), valorisant ainsi son gaz naturel (plus lucratif à l’export) et le gaz libéré lors de la combustion du charbon (également exporté). Mais la question est plus compliquée que cela. Car Eskom ne parvient plus à fournir l’énergie nécessaire à son secteur minier, principale source des exportations sud-africaines. Les mines ont dû tourner au ralenti, ainsi que le port de Richards Bay, plus grand terminal charbonnier au monde.
L’OCDE s’inquiète des retombées du déficit énergétique sur l’économie sud-africaine « Les investissements dans le secteur minier s’étaient effondrés en 2004 et 2005 en raison de la forte appréciation du rand, de l’insuffisance des infrastructures ferroviaires et de l’application des nouvelles lois minières. Ils ont vigoureusement repris (+42,8% en 2006 et +20,9% en 2007) » mais, note l’institution, « ce haut niveau de l’investissement ne s’est toutefois pas traduit par une hausse de la production, qui a même décliné de 0,3% en 2007 » En effet, si l’or et le diamant continuent à décliner, la production et l’exportation de platine, de minerai de fer et de charbon sont en hausse. Mais « l’industrie a été lourdement touchée par de graves coupures du courant électrique au début de l’année 2008. Une dégradation de la fourniture d’électricité pourrait mettre en danger l’investissement, les exportations et l’emploi de ce secteur », conclut l’OCDE.
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