Haro sur le PIB

Le PIB… Oui, le produit intérieur brut, celui que l’on croise tout le temps, que les économistes auscultent, dissèquent et décortiquent pour savoir si une économie se porte bien, ou mal. Eh bien… cet indicateur statistique le plus utilisé à travers le monde a eu droit à une belle oraison funèbre prononcée par Nicolas Sarkozy à l’université de la Sorbonne à Paris. C’était à l’occasion de la présentation du rapport de la Commission sur la mesure des performances économiques dirigée par deux prix Nobel d’économie, l’américain Joseph Stiglitz et l’indien Amartya Sen et l’économiste français Jean-Paul Fitoussi, à la demande du président français. Pour la commission, il s’agissait de réfléchir sur les pistes permettant d’établir de nouveaux indicateurs intégrant le bien-être des individus dans toutes ses dimensions : sociales, santé, éducation, environnement…

À la base, le concept est plutôt salutaire, le PIB étant loin de refléter à lui seul l’état de santé de l’économie d’un pays. Mais cette histoire de PIB ne va pas rester dans le cadre hexagonal. À quelques jours de la réunion du G20 à Pittsburgh, Nicolas Sarkozy compte bien prendre ce nouveau dossier de la refonte des statistiques à bras le corps avec la ferme intention de le porter sur la scène internationale, demandant à tous les pays d’aller au-delà du PIB !

Et là on reste un peu perplexe. L’idée est-elle révolutionnaire, ou plus modestement nouvelle ? Non. Déjà en 1950, un économiste, juriste et politologue français proposait l’instauration de tels indicateurs. Plus proche de nous, le Programme des Nations unies pour le développement publie chaque année un classement des pays en développement selon un indicateur de développement humain (IDH, intégrant l’espérance de vie, l’éducation, le respect des droits de l’Homme…). De nombreux travaux existent déjà. L’OCDE, la Banque mondiale, la Commission européenne ont relancé la recherche de nouveaux indices afin de mesurer le progrès des sociétés autrement qu’à travers le prisme du PIB.

Mais de manière concrète, (et qu’importe l’auteur du nouveau modèle…) quel serait l’impact d’un élargissement des indicateurs économiques pour les pays africains ? Déjà, on s’épargnerait un vilain travers de cet indicateur unique. En se fixant comme objectif la croissance du PIB, un pays peut être incité à autoriser une exploitation minière, même si le pays ne reçoit en contrepartie que quelques maigres royalties, même si l’environnement est dégradé et les travailleurs exposés à des maladies et des accidents du travail. Malgré ces graves inconvénients, le PIB du pays progresserait ! Par exemple, la prise en compte de la dimension environnementale permettrait à certains pays de valoriser leurs ressources forestières autrement que par l’abattage. La prise en compte d’autres indicateurs économiques, environnementaux et sociaux semble ouvrir des perspectives intéressantes. Dans le domaine de l’économie, on peut imaginer des indicateurs qui reflètent le climat des affaires, la gouvernance des entreprises, le niveau d’emploi. D’autres qui évaluent le bien-être des citoyens… Dans l’hypothèse où les nombreux débats entre les économistes seraient résolus (au moins en partie) et la modélisation de ces nouveaux indicateurs achevée, reste un sérieux obstacle à franchir pour les pays africains : trouver les capacités techniques et les moyens financiers pour mettre en œuvre cette réforme des statistiques !

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