
Mohamed Fall Ould Oumer
Les élections en Mauritanie ont confirmé Mohamed Ould Abdel Aziz au poste de chef de l’État. Il vient de former un nouveau gouvernement qui ne s’embarrasse pas des dosages traditionnels. Trois questions à Mohamed Fall Ould Oumer, directeur de l’hebdomadaire mauritanien La Tribune et observateur politique.
Quelle analyse faites-vous de ces élections ?
Mohamed Fall Ould Oumer: C’est une élection de sortie de crise, qui s’est donc déroulée dans un environnement instable alors que certains partis politiques et l’opposition auraient souhaité la voir émerger dans un contexte plus normal. Ce sont ces mêmes partis qui contestent les résultats des élections, mais sans apporter de preuve de fraude. Quoi qu’il en soit, la communauté internationale a entériné les résultats. Mohamed Ould Abdel Aziz est donc un président élu. Il était d’ailleurs assis hier à côté de ses pairs à Tripoli lors du sommet de l’UA sur les conflits (1er septembre 2009, ndlr), alors que la présence de la Mauritanie avait provoqué une vague de gêne l’année derrière.
Pensez-vous qu’il existe encore un risque de coup d’État ?
M.F.O.: Les accords de Dakar ont sécurisé son pouvoir dans le temps. La perspective d’un nouveau coup d’État est peu probable. La phase entre le coup d’État et les élections a été à la fois dur pour lui et pour le pays et les Mauritaniens vont y penser à deux fois avant de se lancer dans une nouvelle prise du pouvoir par la force. D’autant que les leaders de l’opposition sortent considérablement affaiblis des élections. Ahmed Ould Dadda est chef de l’opposition mais ne compte que 8 députés dans ses rangs, tandis que le chef du Parlement n’en compte que 5. Ils sont donc sur la sellette. Si une dissolution était décidée, ils ne retrouveraient pas leurs fauteuils. Mais la Mauritanie reste fragile et il y a encore de nombreux risques, notamment la menace terroriste.
À quoi peuvent s’attendre les milieux d’affaires en Mauritanie ?
M.F.O.: Les milieux d’affaires sont très impliqués dans la chose politique en Mauritanie. On parle d’ailleurs ici de milieux « politico-affairistes ». Ils ont donc clairement pris parti pendant la campagne électorale. Les grands gagnants des élections se retrouvent dans le cousinage d’Abdel Aziz : Bouamatou, Ghabda, Maamy… qui ont joué le cheval gagnant. Tandis que ceux qui étaient proches du régime Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya s’étaient clairement positionnés contre lui et sortent donc perdants. Mais Mohamed Ould Abdel Aziz pourrait ne pas en tenir compte. Il a en tout cas très bien choisi son équipe économique, et son gouvernement annonce un ton progressiste. On y retrouve six femmes dont une aux affaires étrangères, huit afro-Mauritaniens et les portefeuilles de la Justice et de l’Intérieur ont été attribués à des Harratines. On suppose donc que la loi sur l’esclavage en Mauritanie (qui touche les populations Harratines, ndlr), va enfin être appliquée. Et du coup on démystifie la loi des dosages tribaux.
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