“Personne n’échappera à la crise”

3 questions à Lionel Zinsou, banquier d’affaires d’origine béninoise. Il a été associé-gérant à la Banque Rotschild avant de rejoindre le fonds d’investissement PAI Partners en 2008. Souvent qualifié d’afroptimiste, il ne voit pourtant pas l’Afrique à l’abri de la crise internationale.

L’Afrique peut-elle profiter de la débâcle internationale ?
Lionel Zinsou : Personne n’échappera à la crise. Mais le continent africain est dans une situation particulière: les pays les plus « modernes » sont ceux qui vont avoir le plus de difficultés. L’Afrique du Sud, le Nigeria et l’Égypte sont déjà très affectés par la crise. Et, à eux trois, ils représentent une part très importante du PIB africain. Ces pays sont dépendants des capitaux du reste du monde, qui en ce moment sont rapatriés. L’Afrique du Sud par exemple est vraiment dans la crise. On ne parle que de recapitalisation des banques, de problèmes de financement de l’économie, etc. Même le Nigeria, dont le système bancaire avait été modernisé, doit recapitaliser, ce qui provoque des débats houleux au Parlement. Même chose pour l’Égypte, très dépendante des capitaux étrangers, des États-Unis et du Golfe en particulier. Les économies les plus épargnées sont celles qui sont le moins avancées. Mais attention, cela ne crée pas de nouvelles opportunités. Il s’agit simplement d’un moindre mal. Les pays de la zone Franc pourront simplement attirer une part relative plus élevée d’un montant global d’investissement plus faible.

De nombreux fonds d’investissement ont récemment été créés pour financer les économies africaines. Que vont-ils devenir ?
L. Z. : 80 % des fonds de private equity qui ont été créés pour l’Afrique l’étaient pour quelques pays seulement : l’Afrique du Sud, l’Égypte, le Nigeria, ou encore le Maroc et la Tunisie. Ces fonds n’étaient pas destinés aux autres pays. Or, ces pays vont tous connaître des difficultés liées à la crise sur du moyen terme. Par ailleurs, pour faire du private equity, il faut pouvoir générer de la dette, or le marché de la dette est complètement bloqué. Il faudra prendre beaucoup d’initiatives auprès des instances de la gouvernance mondiale (Bad, BM, FMI) pour profiter de ces fonds.

La finance islamique peut-elle être une solution ?
L. Z. : Oui, en période normale. En s’attachant à ne financer que des actifs réels, la finance islamique est plus saine. C’est mieux que d’« utiliser la finance pour financer la finance ». Mais en cette période de crise, la finance islamique a aussi ses limites. Les actifs réels auxquels elle est attachés connaissent aussi des difficultés, comme c’est le cas pour l’immobilier. Et les fonds viennent de pays, les pays du Golfe et la Malaisie majoritairement, qui ont leurs problèmes financiers à régler.

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